Les Lieux Infidèles

Même si j'apprécie un bon policier ou un bon thriller, ce n'est pas le genre vers lequel je me précipite quand je rentre dans une librairie (on me retrouvera plutôt à baver devant des sagas de fantasy qui comptent des dizaines de tomes, comme si ma Pile à Lire avait besoin de ça !).

Ça fait cependant pas mal de temps que j'entends parler de Tana French et ce partenariat organisé par BoB avec les éditions Calmann-Lévy était l'occasion rêvée de lire un livre qui m'intéressait (il était dans ma liste à lire depuis sa sortie en anglais) mais qui se retrouvait perpétuellement mis de côté par des achats correspondants plus à mes goûts (la nouvelle édition du Trône de Fer par exemple, alors que j'en ai déjà deux *oops*).

Mais sortir de sa zone de confort a quelquefois du bon, comme a pu me le prouver ce roman.

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Frank Mackey, l'anti-héros quadragénaire (homme blessé, fier, rude mais honorable, pas vraiment original dans le genre, mais toujours attachant) de notre roman, est originaire des Liberties, un quartier mal famé de Dublin et a coupé tout contact avec sa famille depuis décembre 1983.

À l'époque, fou amoureux de Rosie Daly, il prévoit de quitter un père alcoolique et une mère castratrice pour partir à l'aventure en Angleterre avec l'amour de sa vie.
Mais Rosie ne le rejoindra jamais et tout ce qu'il retrouvera d'elle est un mot de sa main dans lequel elle explique qu'elle a préféré partir seule (déjà là, on sent qu'il y a un truc louche, mais bon, on va faire semblant de rien voir...).

Plus de 20 ans après, sa soeur Jackie l'appelle pour lui annoncer qu'on a retrouvé la valise de Rosie cachée dans la cheminée d'une maison abandonnée des Liberties, cette même maison où elle avait rendez-vous avec Frank ce soir de décembre...

Utilisant ses relations de flic infiltré et bataillant contre une famille étouffante, Frank va chercher à savoir où est Rosie, si elle est encore vivante ou si quelqu'un de la rue a voulu l'empêcher de rejoindre Londres...

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J'ai plusieurs fois entendu parler des Lieux Infidèles comme d'un thriller. Attention, c'est loin d'être le cas !
C'est, selon moi, un drame policier, qui tient en haleine à cause de la tension psychologique qu'on ressent désagréablement, comme si cette famille horrible était la nôtre.

Le livre se lit facilement, mais rien ne démarque la plume de Tana French de celle de nombreux autres auteurs, si ce n'est le sujet choisi (et dans ce cas précis, ça suffit amplement à toucher le lecteur).

Si comme moi vous êtes super malin (à force de jouer à Professeur Layton, mon QI a doublé), vous comprendrez rapidement ce qui est arrivé à Rosie, et plus les indices vous confortent dans votre trouvaille (la Nintendo DS sert donc effectivement à quelque chose, youpi !), plus l'anticipation se fait intense.

"L'anticipation de quoi ?" me demanderez-vous. Pour tout dire c'est assez dur à expliquer...
Ce qui m'a le plus travaillée concernant ce livre, c'est les relations malsaines entre les différents membres de la famille Mackey, avec les voisins de la rue, les parents de Rosie, les anciennes copines de Frank, etc...
Il y a un relent acide derrière chaque sourire, un gain personnel derrière chaque bonne (ou mauvaise) action, et on a un petit pincement au coeur à chaque fois qu'on voit Frank se laisser entraîner dans ce cercle vicieux qui l'isole des gens qu'il aime.

L'histoire se développe comme une fleur venimeuse, lentement mais sûrement, en contaminant tout et tout le monde. Le rythme n'est pas vraiment soutenu, on ne suit pas le héros dans des courses poursuites haletantes, mais au contraire, on plonge avec lui dans les eaux troubles des Liberties, et c'est... enrichissant.

Je ne m'aventurerais pas plus sur la description de l'histoire, ce n'est pas le plus important selon moi. Les sentiments de Frank à l'égard de sa famille sont tellement ambivalents et cependant tellement bien décrits que c'est ce que j'ai trouvé le plus prenant de toute ma lecture...
Une très bonne surprise en ce début d'année, je conseille fortement !


Morceaux choisis :

  • "Les Liberties tirent leur nom, vieux de plusieurs centaines d'années, de leur indépendance et des règles qu'elles se sont forgées. Dans ma rue, ces règles étaient simples : fauché ou non, quand tu vas au pub, tu payes ta tournée; si ton pote est pris dans une bagarre, tu le tires de là à la première goutte de sang pour que personne ne perde la face; tu ne touches pas au trafic de la came; que tu sois anarchiste ou punk, tu vas à la messe le dimanche; et quoi qu'il arrive, tu ne mouchardes personne." (p.27)
  • "Nous, les infiltrés, nous considérons les membres de la Criminelle comme des enfants de choeur. Nous nous battons à mains nues, dans le caniveau; et quand la loi nous gêne, nous l'envoyons bouler." (p.194)
  • "C'était mon père. Quand j'étais môme, avant qu'il se révèle un enfoiré de première, je le prenais pour un dieu. Il savait tout sur tout, il aurait pu démolir le Yéti d'une main en soulevant un piano à queue de l'autre, un sourire de lui illuminait ma journée entière." (p.358)



Combien de cupcakes ?




Merci à BoB et aux éditions Calmann-Lévy pour ce partenariat !

1 commentaires:

Kactusss a dit…

J'ai moi aussi beaucoup aimé ce roman. Cette famille, la vie dans cette Irlande pauvre. C'est par cette aspect social que l'auteur a su rendre son roman très intéressant.

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