Des fois on passe à côté de phénomènes littéraires sans vraiment comprendre pourquoi.
Jusqu'au jour où j'ai vu la bande-annonce du film De l'Eau pour les Éléphants, je n'avais jamais entendu parler du livre et je me demande bien pourquoi vu le succès qu'il a eu Outre-Atlantique.
Fascinée par le thème (les cirques des années 1930 et l'inratable "freak show" qui les accompagnaient), je n'ai fait ni une ni deux et je me suis jetée dessus.
Jacob Jankowski est un vieux monsieur de 90 ans (ou 93, il ne se rappelle plus très bien) qui vit dans une maison de retraite comme tant d'autres. Vétérinaire à la retraite, il est veuf et ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants lui rendent visite chacun leur tour le dimanche.
L'arrivée d'un nouveau pensionnaire qui clame à tort et à travers qu'il a été porteur d'eau pour les éléphants dans un cirque itinérant durant la Grande Dépression le renvoie à des souvenirs de jeunesse; à cette année où, perdant ses parents dans un tragique accident de voiture, Jacob a voulu laisser sa vie de côté et s'est fait engager par le cirque des Frères Benzini comme vétérinaire.
Passer d'une université de haut-vol à la vie d'un employé de cirque n'est pas la plus simple des choses, et Jacob va vite s'en rendre compte.
Ni artiste, ni employé pour les basses-oeuvres, Jacob ne trouve pas vraiment pas sa place, et son camarade de wagon, un clown nain, ne va pas l'aider à se sentir à l'aise, loin de là.
Pendant qu'il essaie tant bien que mal de trouver des amis, des gens sur qui compter, Jacob va se rendre compte que la vie de cirque est souvent synonyme de travail non-payé et de manigances cruelles pour qu'Oncle Al puisse se débarrasser sans bruit de ceux qui ne lui servent plus à rien ou qui font un peu trop de bruit.
Sans vraiment savoir pourquoi, Jacob va tomber sous le charme de Marlène, la femme du directeur de la ménagerie, gracieuse dompteuse de chevaux, mais également sous celui de Rosie, cette éléphante têtue et malicieuse qui ne semble comprendre personne mais laisse entrevoir une intelligence hors du commun...
Le livre s'ouvre sur Jacob Jankowski, vieillard qui perd un peu la notion du temps, drogué par des docteurs pensant bien faire et malheureux au possible.
Jacob se souvient de sa jeunesse, et nous emmène avec lui à travers les décennies, nous faisant voyager jusqu'en 1931 pour nous raconter son histoire.
Ce vieil homme nostalgique est si touchant qu'on ne peut s'empêcher de l'aimer dès les premières pages, et le retrouver 70 ans plus tôt est un vrai plaisir, qui prend toute sa puissance au fur et à mesure du développement du roman.
Sara Gruen est captivante, elle arrive à insuffler de la magie dans les pages de son livre, cette magie qu'on imagine présente dans les cirques du début du siècle, ceux avec des femmes à barbe, des éléphants acrobates et des siamois jongleurs.
Déjà conquise par le contexte historique de cette histoire d'amour (oui, c'est une histoire d'amour, mais c'est supportable, je vous rassure !), j'ai adoré cette narration "cassée" par les retours au présent de Jacob, qui nous donne dès le début de la lecture la fin de l'histoire, mais que l'on suit avec passion au fil des pages.
Les personnages sont humains, ils ont des défauts autant que des qualités et c'est ce qui leur donne toute cette authenticité indispensable au bon fonctionnement de l'histoire. Cette fluidité se retrouve encore plus dans la description des animaux, écrite avec une grâce et une délicatesse hors du commun. Comment ne pas aimer Bobo, le chimpanzé en mal d'amitié ou Rosie, l'éléphante qui endure au fil des semaines les cruautés infligées par Auguste ?
Le plaisir que j'ai pris à lire ce livre m'a poussée à me renseigner sur le milieu du cirque, sur les conditions de travail des artistes, des ouvriers, des animaux, j'ai passé des heures à lire des articles et regarder des photos sur les "freak shows", et j'ai appris des dizaines de choses sur le sujet. Ce livre m'a poussé à découvrir un milieu dont je n'avais que vaguement entendu parler, que demander de plus ?
ET SURTOUT : Même si vous n'aimez pas Robert Pattinson et que son air vide vous rebute, faites un petit effort pour ce film, ça vaut largement le coup !






















